pape aux périphéries

Le pape François rappelle très régulièrement, on peut même dire qu’il le martèle à longueur de discours :

 

l’Eglise n’a pas pour mission de préserver ses structures ni vivre « repliée sur elle-même et pour elle-même ».

Elle doit avoir le courage de sortir de ses habitudes pour porter l’Évangile là où il n’est ni entendu ni reçu. Elle ne doit pas attendre que le monde vienne à elle, mais « aller dans les périphéries géographiques mais également existentielles : là où réside le mystère du péché, la douleur, l’injustice… là où sont toutes les misères ».

Dans ce but, c’est à un changement radical de mentalité que nous invite le pape François, changement impliquant une conversion pastorale : si elle veut évangéliser, l’Église doit être cohérente et donc se réformer elle-même, à commencer par ses prêtres et ses évêques. Ne pas fonctionner comme une barrière, mais, au contraire, faciliter l’accès à la foi. C’est en étant une « Église de la miséricorde » qui accueille sans juger pour soigner les blessés de l’existence, une mère intéressée par les soucis de ses enfants, qu’elle sera en condition d’assumer sa mission : annoncer l’évangile.

Certains esprits chagrins contestent cette vision du pape qui serait, selon eux, en rupture avec la tradition. Nulle rupture pourtant mais certainement des accents nouveaux sur le fond comme sur la forme. Avec la priorité donnée à l’annonce de l’amour de Dieu qui sauve par son Fils Jésus-Christ, sur les conséquences morales, religieuses, de la foi. Mais le pape insiste également beaucoup sur la manière de le faire, qui doit être évangélique. En particulier sur la joie, sur l’humilité et sur la miséricorde : avoir le cœur touché par les misères de l’autre, avant tout jugement. En changeant de langage et en ne parlant plus de « nouvelle évangélisation » mais de « mission », le pape a-t-il tourné le dos à l’enseignement de Jean-Paul II et de Benoît XVI ? Non. Simplement la nouvelle évangélisation est sans doute trop liée au contexte de l’Europe occidentale pour un pape venant d’Amérique Latine où le contexte ecclésial est bien différent : sur le plan pastoral l’Église sud-américaine a retrouvé l’élan de ses origines et découvert de nouvelles manières très pertinentes de s’adresser au monde. Le pape veut en faire profiter toute l’Eglise.

Quelle attitude adopter, comment mieux comprendre ceux qui sont aux frontières, comment agir non seulement en parole mais aussi en acte ?
Les trois témoignages suivants nous proposent quelques éclairages pour nous aider à mettre en oeuvre le message du pape.


APPRENDRE A PASSER D’UNE RIVE A L’AUTRE

Cathéchumènes

 

 

 

 

 

 

Aller aux périphéries, c’est d’abord savoir accueillir tous ceux qui frappent à la porte de l’Eglise sans chercher à se les approprier. Quittant le catéchuménat sans toutefois se faire baptiser, une jeune femme m’a remerciée de lui avoir permis de trouver Dieu. Je le vis comme une chance et non pas comme un échec. De même, d’autres personnes ont fait des parcours identiques. Je pense qu’il faut accueillir tous les chercheurs de Dieu et essayer de leur présenter Celui qui nous révèle totalement Jésus-Christ.

Aller aux marges, c’est faire une confiance absolue en Celui qui se sert de moi pour appeler. Après moi, il y aura autre chose, une autre personne, d’autres événements. Je me définis donc comme « passeur » d’une rive à l’autre, et tant pis si le bateau s’arrête sur une île. Il abordera une autre fois… ou pas, avec un autre passeur qui sera là. Aller aux marges, c’est accepter de ne pas être tout puissant et cela rejoint Noël et ce Dieu qui se fait tout petit. La marge c’est ma confiance, mon impuissance et ma confiance absolue en Celui qui compte sur moi, avec toute ma compétence et toutes mes incompétences… et qui me fait rencontrer des chercheurs de Dieu.

Il me reste cependant le message douloureux de l’Eglise vis à vis des personnes vivant une situation maritale non conforme au droit de l’Eglise… Comment vivre le « n’ayez pas peur » dans ces circonstances ? Car ma première rencontre est souvent avec la peur au ventre ! La rencontre avec ces personnes est difficile, car, découvrant Dieu, souvent à travers une histoire douloureuse, ils ont vécu avec ce qu’ils étaient et ont une vie, leur vie. Il faut les rejoindre et leur montrer un chemin possible. Même si cela prend plus de temps, l’on peut regretter que notre mère l’Église reste en retrait de la vie de nos enfants qui ne veulent pas s’engager dans le mariage… est-ce aussi cela aller aux marges ?

Témoignage d’une accompagnatrice en catéchuménat


LES JEUNES ET L'EGLISE

pape et les jeunes

 

 

 

 

 

 

Un constat

Les jeunes de 16 à 29 ans constituent 16% de la population française, soit 11 millions de personnes (INSEE) dont 42% d’entre eux se disent catholiques (sondage Opinion Way).

L’Eglise rejoint particulièrement les jeunes quand elle répond à leur besoin premier d’être écoutés. 

Cela se fait dans leurs lieux de vie ordinaires par des propositions formelles et par la présence d’acteurs pastoraux présents et disponibles, enclins au dialogue informel.

Dans une société complexe, fugace, hyper connectée et fragmentée, les jeunes ont soif de sens et de spiritualité. Grandir dans des familles souvent fragilisées, construire son identité, faire les bons choix, vivre sa foi dans une société plurielle et sécularisée sont autant de défis qui s’imposent aux jeunes. L’écologie, la pauvreté et la paix ressortent également comme des préoccupations majeures de cette génération.

Les grands rassemblements diocésains, nationaux ou internationaux tels que les JMJ, Taizé, le scoutisme… sont reconnus comme des lieux importants et formateurs. Les événements des aumôneries et mouvements sont aussi un moyen d’impliquer durablement les 16-29 ans dans des projets structurants. Responsabiliser les jeunes et les rendre acteurs dans l’Eglise est une pédagogie féconde : « En prenant en compte la dimension intégrale de la personne, les jeunes ont besoin d’être acteurs et décideurs de projets, en lien avec les prêtres et les équipes pastorales ». Beaucoup de jeunes déplorent le peu de place qui leur est accordé dans les paroisses et leurs instances de décisions. La liturgie (service de l’autel, chants, lectures et processions) est un lieu essentiel d’intégration et de formation.

Les attentes par rapport à l’Eglise ?

Il faut bien constater que les jeunes éloignés de l’Eglise n’attendent rien d’elle. Les rejoindre reste difficile, mais certaines initiatives portent du fruit : l’évangélisation de rue, les propositions de logement, l’engagement caritatif, le sport, les bars cathos, etc.

Les jeunes catholiques peu pratiquants demandent, pour s’engager, que l’Eglise soit exemplaire et cohérente, ouverte sur le monde, relationnelle et non pas d’abord institutionnelle. Ils veulent être écoutés sans se sentir jugés. Ils veulent aussi des prêtres disponibles et proches, qui les accueillent avec bienveillance. Ils attendent par ailleurs une Eglise-phare qui propose des repères bien visibles et offre des formations solides.

Il est regrettable que, dans l’Eglise, le numérique (réseaux sociaux, vidéos, applis…) ne soit pas suffisamment intégré dans les approches pastorales, bien qu’il soit de plus en plus pris en compte. Néanmoins, parallèlement, des réserves demeurent sur les questions de l’hyper-connexion, de la culture de l’image et de l’utilisation abusive des réseaux sociaux.

D’après la synthèse finale de l’Assemblée Générale annuelle de la Conférence des Évêques de France, novembre 2017


LE PAPE FRANÇOIS SUR LA VOIE DE LA SIMPLICITÉ ET DE L’ÉVANGILE : Missionner aux frontières de l’Eglise

Pape au périphérie

 

 

 

 

 

 

 

Le pape François a engagé l’Église sur un chemin qui s’inspire du message de Jésus, non seulement en paroles mais aussi en actes, par des petits gestes qui sont plus que symboliques. Il était temps, car l’Église catholique donnait le visage d’une Église enfermée dans un discours répressif et culpabilisant. Il n’a pas eu peur de bousculer les habitudes. Ainsi, lors du lavement des pieds, un rite traditionnel le Jeudi Saint qui rappelle le geste posé par Jésus durant son dernier repas, le pape a choisi douze prisonniers qui, contrairement à la tradition, n’étaient pas tous des hommes ni des catholiques – il y avait parmi les détenus des jeunes femmes dont une musulmane… Cela fait écho à un thème qui revient souvent dans ses interventions, l’invitation que le pape lance à l’Église de sortir d’elle-même, d’aller aux « frontières », dans les périphéries territoriales et spirituelles, au contact des hommes et des femmes, quelles que soient leur situation et leurs convictions religieuses.

Autre propos qui a fait le tour du monde. Aux journalistes qui l’interrogeaient dans l’avion, lors de son retour du Brésil, à propos des personnes homosexuelles, le pape a répondu « Qui suis-je pour les juger ? » Il voulait montrer par-là que l’Évangile n’est pas d’abord une morale mais surtout une Bonne Nouvelle qui annonce que Dieu n’est pas un juge mais un libérateur. L’amour qui redresse est plus important que la loi qui condamne. Il est occupé à dessiner une Église catholique plus aimable, plus surprenante, moins figée, plus ouverte ; une Église qui intéresse davantage les chrétiens éloignés et les non-chrétiens, une Église qui met ses forces dans l’annonce de l’Évangile avant tout, plutôt que de faire la morale à tout le monde et de se croire l’unique vérité. Il fait vraiment bouger les choses même dans la gouvernance de l’Église. Certes, ce n’est pas une démocratie mais c’est déjà la participation de tous à un projet commun. Sa décision d’envoyer un questionnaire sur les évolutions de la famille aux catholiques du monde avant la tenue d’un synode montre sa volonté de prendre le pouls de l’Église.

Ce qui fait l’originalité du pape François, c’est aussi la manière simple de s’exprimer, un peu comme Jésus qui utilisait des paraboles, des images pour mieux se faire comprendre. On est loin de la langue de bois théologique pour initiés. C’est ainsi que pour décrire la mission de l’Église, il la compare à « un hôpital de campagne après la bataille ». Autrement dit, l’évangélisation, pour lui, passe d’abord par l’amour du prochain, la compassion pour les plus démunis et la bienveillance pour tous. On en revient toujours au message évangélique qui fait passer l’amour avant la loi et les principes, le service avant le pouvoir et la pauvreté avant la richesse.

Pour quelqu’un comme moi qui a connu les bienfaits de Vatican II, je lui sais gré de reprendre la formule qui résume bien l’esprit de ce concile : « Une Église servante et pauvre », non pas en paroles seulement mais dans le concret, en mettant de l’ordre dans les arcanes du Vatican et la Curie romaine. Il est possible que certaines personnes soient déstabilisées mais l’important est que ce pape fasse du bien à l’humanité tout entière, pas uniquement à l’Église.
Or quelque chose de sa bienveillance semble très communicative !

Témoignage d’un protestant


Pour aller plus loin, découvrir Eglise en périphérie, rapport 2017 rédigé par la CEF qui, depuis 3 ans, nous invite à pénétrer sur les chantiers de l’Église en périphérie.
Voir aussi Toutes les vidéos sur les thème des périphéries dont celles de l’Université de la solidarité

Monseigneur Robert Poinard